Photo Michel Faton
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WEBZINE FEELING BLUES N°13

CARREFOUR DES AMOUREUX DU BLUES DANS LE SUD

Trimestriel

janvier / février / mars 2014

PAGE 1

 

 

SOMMAIRE

ÉDITO.

NOSTALGIE par Gilbert Béreau.

REVUE DE PRESSE par André Fanelli.


SOMMAIRE



 

FEELING BLUES : www.feelingblues.com
Président d'honneur : Bruce Iglauer, Fondateur et Président du blues record label Alligator Records, Chicago. Il. USA.
Co-fondateur et Président : André Fanelli.
Co-fondateur, Rédacteur en chef & Webmestre : Jean-Louis Guinochet.
Contact : feelingblues@orange.fr 


ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO :

Gilbert Béreau - Joël Bizon - Christian Boncour - André Fanelli -

Michel Faton - Catherine Foret - Romain Gavidia - Pierre Goiset -

Jean-Louis Guinochet - Jean-Michel RocknBlues - Laurent Sabathé -

Isabelle Ubiksoundblues -

Crédits photos :

Alamy - Sylvie Bosc - Chris Boyer - Michel Cambon - Mike Copolla -

Sylvie Déclas - André Fanelli - Jeanne Faton - Michel Faton - Alain Hiot -

Sébastien Garcia - Vincent Hugo - Jlbé - Frank Lantiez - Philip Melnik -

Bruno Moncel - Christian Prêleur - Jean-Philippe Porcherot -

Jean-Michel RocknBlues - Laurent Sabathé - Salva - Billy Vera Collection -

Cédric Vernet - Jean-Pierre Vinel -


ÉDITO

 

Pour illustrer la couverture de ce numéro qui termine l'année, nous avons délibérément choisi le bluesman Iroquois Butch Mudbone parce qu'il fait partie de ces artistes rares, authentiques et sincères, qui, étant restés malgré eux dans l'ombre des plus grands, continuent inlassablement, et avec une passion intacte, à porter la musique du delta partout où ils le peuvent. Michel Faton a recueilli ses propos pour vous.
Nous nous sommes également intéressés à un autre personnage atypique, Cherokee celui là, Johnny "Big Moose" Walker, un grand artiste trop souvent méconnu, et dont les historiens n'ont pu reconstituer le parcours de sa vie chaotique que dans les années 70.

Gilbert Béreau rend hommage à Cosimo Matassa, disparu en septembre : "Un nom qui ne dira peut-être pas grand-chose aux plus jeunes, voire aux plus âgés qui ne lisent pas les notes des albums"...

Blues et "Purisme" Un Faux Débat, par André Fanelli, qui commence par :  "Le monde du jazz dans un premier temps, puis celui du blues, ont été le théâtre constant de polémiques qui exprimaient davantage l'égo des adversaires qui s'affrontaient que la réalité d'une analyse débarrassée des passions parasites"... À vous de lire la suite !

Et puis des interviews de musiciens et de groupes de blues, bien sûr, mais aussi (car c'est depuis toujours une tradition pour Feeling Blues de donner la parole à tous ceux qui contribuent à la promotion de la musique blues), des entretiens avec le photographe Alain Hiot et le vidéaste Thibaud Degraeuwe.

En supplément des habituels comptes-rendus de concerts, chroniques de Cds ou diverses infos, "Trip Blues" est le premier épisode du carnet de voyage de Jean-Michel Rocknblues.

Un grand merci à vous tous pour votre soutien ou vos participations.

Bonne et heureuse année.

La rédaction




COSIMO MATASSA

13 avril 1926 / 11 septembre 2014

Par Gilbert Béreau

 

Nous avions déjà le doigt sur la touche pour mettre en ligne votre numéro 12 de 'Feeling Blues' lorsque la nouvelle est tombée : "Cosimo Matassa s'en est allé ce 11 septembre à l'âge de 88 ans". Il n'était plus en bonne santé ayant dû affronter plusieurs attaques ces dernières années.

 

 

Cosimo Matassa à la remise du Hall of Fame 2012. Photo Mike Coppola.
Cosimo Matassa à la remise du Hall of Fame 2012. Photo Mike Coppola.

 

 

Un nom qui ne dira peut-être pas grand-chose aux plus jeunes, voire aux plus âgés qui ne lisent pas les notes des albums. Tout le monde a entendu parler de Sam Phillips et de sa 'Sun Records Company' et le parallèle est facile entre Sam et Cosimo sauf que ce dernier avait enregistré Roy Brown dès 1947 (Good rockin' tonight) et Fats Domino dès 49 (The fat man). Dans les décennies qui suivirent une innombrable quantité d'artistes franchira le seuil du studio.

 

 

Jimmy Clanton avec Cosimo Matassa au Cosimo Recording Studios à la Nouvelle Orléans en 1958. Credit Billy Vera Collection
Jimmy Clanton avec Cosimo Matassa au Cosimo Recording Studios à la Nouvelle Orléans en 1958. Credit Billy Vera Collection

 
C'est en 1926 qu'il vient au monde, fils unique d'un immigrant sicilien débarqué en 1910 et tenancier d'une petite épicerie depuis 1924. Il grandit en bossant dans le magasin de papa avant d'entamer des études de chimie qu'il abandonnera lâchement au bout de 2 ans – heureuse décision  pour la musique. C'est en 1945 qu'il installe son premier studio pour particuliers à l'arrière de la boutique familiale ; il a 19 ans ! Dans le même temps, il vend des singles usagés de jukebox et les résultats étant bons, il crée le 'J&M Music Shop', puis lance le 'J&M Recording Studio, seul studio d'enregistrement de la Nouvelle Orléans. Dès 47 il va travailler avec des labels d'autres villes des US qui recherchent des talents louisianais ; le premier sera 'DeLuxe label' de Linden (New Jersey) qui, entre autres musiciens, amènera Dave Bartholomew. Ce dernier ne quittera plus Cosimo et aurait déclaré <<Le grand architecte s'en est allé>>.

 

 

Fats Domino, Cosimo Matassa et Dave Bartholomey. Photo DR.
Fats Domino, Cosimo Matassa et Dave Bartholomey. Photo DR.

 

 

La légende est en marche et les bornes sont nombreuses le long du chemin mais notons déjà les enregistrements des succès de Fats Domino, dont "Blueberry hill", ceux de Little Richard, dont "Tutti frutti", sans oublier Big Joe Turner et son "Shake rattle and roll". En fait, on estime que parmi les enregistrements qu'il a réalisé, 250 singles sont entrés dans les hit-parades et 21 ont grappillé des disques d'or !!! Pensons au Professor Longhair, à Loyd Price, Allen Toussaint, Ernie K Doe et même à un jeune adolescent de 17 ans qui, en 1952, enregistre sa première démo avant de faire route vers Memphis pour éclater à la face du monde sous le nom de Jerry Lee Lewis. Dans une ville confrontée à la ségrégation raciale, le studio de Cosimo était un des rares lieux où les noirs étaient correctement accueillis ; Cosimo se souvient <<Quelques-uns de mes amis des quartiers résidentiels l'appelaient le 'studio des nègres' >>.

 

 

Cosimo Matassa dans le "Sea Saint Studio" en 1979. Photo DR..
Cosimo Matassa dans le "Sea Saint Studio" en 1979. Photo DR..

 

 

Puis, dans les 60's le son a changé, à la Nouvelle Orléans même, sous la houlette d'Allen Toussaint puis l'engouement pour les Beatles, la British Invasion et le son Motown. Plusieurs labels indépendants déposeront leur bilan et même les ventes d'Imperial chuteront drastiquement tout ceci entrainant de grosses difficultés pour le studio de Cosimo qui fût saisi par le fisc, avec son contenu. Pas abattu, Cosimo aidera Allen Toussaint à monter le 'Sea Saint Studio' où il continuera à travailler comme ingénieur. Il abandonnera la musique à la fin des 80's pour se consacrer à l'épicerie familiale située dans le quartier français.

 

 

Cosimo Matassa devant l'épicerie familiale du quartier français à la Nouvelle Orléans. Photo Alamy.
Cosimo Matassa devant l'épicerie familiale du quartier français à la Nouvelle Orléans. Photo Alamy.

 

 

Concernant ses activités, Cosimo disait <<Pour bien comprendre cette musique, il fallait être là-bas à cette époque. Elle était tout autour de nous, dans les rues, aux repas du samedi soir, dans les boites de nuit ; c'était ça, la Nouvelle Orléans ! …… Tout au long de ma carrière, la seule chose que j'ai tenté de faire fût de rester transparent ; je les entendais dans les nightclubs, et je voulais juste rester collé à l'original et l'obtenir sur le disque. Je n'ai jamais essayé de façonner, j'ai juste fait mon possible pour ne pas gâcher>>.
Au cours d'une autre interview, il aurait déclaré à un interlocuteur qui le traitait de pionnier : <<Un pionnier ? C’est un type qui a beaucoup de flèches d’indiens plantées dans les fesses !>> Si l'histoire est vraie, voilà qui dénote un beau sens de l'humour !!!

 

 

Plaque commémorative du J&M Studio.. Photo DR.
Plaque commémorative du J&M Studio.. Photo DR.

 

Histoire récente :
- en décembre 1999, le 'J&M Recording studio' a été déclaré bâtiment historique et reçu une plaque commémorative ;
- en octobre 2007, Cosimo a été honoré pour sa contribution à la musique louisianaise et intronisé au sein du 'Louisiana Music Hall of Fame' ;
- cette même année, il reçut  un 'Grammy Trustees Award' qui récompense les contributions dans le domaine de l'enregistrement ;
- en septembre 2010, le 'Rock and Roll Hall of Fame and Museum' (de Cleveland) classe le 'J&M Recording Studio' comme l'un des 11 lieux historiques du R' 'n' R' dans le pays ;
- en 2012, il est intronisé au sein du 'Rock and Roll Hall of Fame' ;
- en 2013 c'est l'intronisation par l'institution 'Blues Hall of Fame'.

 

 

Pour se familiariser avec Cosimo,  écoutez son travail grâce :
- au coffret 'The Cosimo Matassa story' (Proper - 2007) qui contient 4 CDs pour 120 titres et un livret de 32 pages avec discographie et photos rares.

 

le CD 'Cracking the Cosimo code' (Ace - 2014) consacré à la période post Fats Domino (60 – 67) ;
Présentation du CD :

https://www.youtube.com/watch?v=M0ySkxqvJdY
Cosimo interview :

https://www.youtube.com/watch?v=kZlor2LocZQ
J & M Music Shop :

https://www.youtube.com/watch?v=NVOrwc5ZZHk
https://www.youtube.com/watch?v=IlBED277PcE

 

 

Gilbert Béreau




                                           Par André Fanelli

 

 

Le propos d'une revue de presse n'est pas de décerner des bon points ou des blâmes mais d'attirer l'attention sur le fait qu'il existe une presse «blues» et qu'il convient de la soutenir même si, parfois, on se dit que telle ou telle disparition ne serait pas un drame national.
Pour autant, en tant que lecteur, j'ai toute latitude pour exprimer mes goûts qui ne débouchent jamais sur des injonctions.
Survolons ensemble les dernières livraisons (pour employer un terme un peu désuet mais exact).

 

 

BCR me semble parfois plus branché sur le rockabilly que sur le blues mais ce n'est pas bien grave car les articles sont bien documentés et surtout parce qu'on sent dans cette équipe -que je n'ai pas le plaisir de connaître en dehors de Joël Bizon qui nous envoie des chroniques- un véritable enthousiasme, un désir de partager leur passion. Les chroniques de CD sont des plus variées puisqu'on y croise pêle-mêle Poppa Chubby, Howlin' Wolf … et Johnny Halliday ! Sans parler d'un tas de groupes toujours intéressants à découvrir.

 


 

Un article nous conte la vie déglinguée de ce pauvre Mike Bloomfied qui, une fois encore, est hissé à une altitude qui ne ma paraît pas vraiment justifiée.
Une fois encore également on revient sur le vieux cliché des jeunes blancs qui organisent des concerts avec les «vieux bluesmen» qui, grâce à eux, sont remis sur le devant de la scène.
Les «vieux bluesmen» n'étaient pas si vieux que ça : Big Joe et Little Brother, qui sont cités, avaient une petite soixantaine d'années et étaient encore en pleine activité, n'ayant à cette époque nul besoin d'être «redécouverts».
La musique de blues était encore largement pratiquée et écoutée dans la communauté africaine-américaine, par les adultes essentiellement bien sûr.

 

 

Autre revue, autre style. ABS. J'ai vraiment un faible pour ce superbe magazine qui affiche clairement la couleur. Celle du blues. Le noir.
A la lecture d'ABS on n'oublie jamais d'où vient le blues, qui le joue de la façon la plus authentique. Et cela sans préchi-précha ou «purisme» mal venu.

 


Un peu d'érudition n'est jamais superflue. Et quelle bonne idée d'avoir consacré à Lucille Bogan un papier sur les paroles épicées de certains de ses blues.
D'abord parce que nombreux sont ceux qui ignorent superbement les immenses chanteuses des années 20 et 30 et qu'il leur est ainsi rappelé que la curiosité musicale est loin d'être un défaut.
Les chroniques de Cds sont nombreuses et souvent remarquables. Vive ABS, un magazine à lire sans retard.

 

 

 

Soul Bag est une institution. Il y a peu je classais mes vieilles archives et j'ai manipulé avec précaution les antiques premiers numéros de la revue, alors ronéotée comme un fanzine militant. Un beau chemin parcouru. Mais aussi un élargissement des styles pris en compte qui peut rebuter certains amateurs de blues exclusifs.

Super interview d'Elvin Bishop à rapprocher, si vous lisez l'anglais de celle publiée par le magazine en ligne blues-e-news. Voir référence plus loin.

 

 

 

Il y a des jours où je me demande si j'aime le Blues. En effet à la lecture de certaines revues, je constate ma méconnaissance d'une large part des orchestres traités. Sans parler d'articles qui me semblent n'avoir que bien peu de rapport avec la musique de blues.
En revanche on ne s'attarde guère sur les artistes encore actifs de la scène blues africaine-américaine comme s'ils avaient déjà disparu à la façon des dinosaures.

C'est parfois un peu le cas pour Blues magazine. Tout cela me fait penser à l'époque lointaine du New Orleans Revival : les «nouveaux» amateurs se passionnaient pour les multiples groupes blancs qui florissaient à travers le monde. Les créateurs de cette musique si importante dans le développement des musiques populaires modernes ne les intéressaient guère : ils sont morts ou vieux, ce qui est presque la même chose, ils ne nous ressemblent pas, il faut vivre le présent, etc...
Il ne reste pas grand chose de ce mouvement énorme qui balaya la planète : on trouvait des dizaines de groupes dans à peu près tous les pays...

 

Le dernier numéro de Blues Magazine comporte cependant bien des réussites : le long papier sur Shuman et Pomus, l'interview de William Ferris et la chroniques de Cds toujours copieuse et équilibrée.

 

 

 


Living Blues est pour les anglophones. C'est sans doute la meilleure revue aujourd'hui. Que de rencontres musicales ! Quel talent pour aller au fond des choses ou retrouver des artistes dont le talent est intact mais trop méconnu.

Inutile de distinguer tel ou tel article, tout est intéressant. Un must.

 

 

 

Du côté du Web maintenant.
Blues Again nous propose un portrait de Little Milton, un peu bref, mais qui a l'avantage de rappeler l'apport d'un artiste majeur du blues moderne qui n'a jamais été vraiment connu dans notre pays.

 

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous signaler quelques pistes si vous aimez surfer :
www.americanbluesscene.com/
www.bluesandrhythm.co.uk
www.bluesaudience.com
www.blues-e-news.com
www.bluesinbritain.org
www.bluesmatters.com
http://blog.bluesmusicnow.com

 

Pour finir, deux banques de données et un guide festivalier :
www.jazz-blues.com
www.bluesdatabase.com
http://bluesfestivalguide.com

 


Bonne lecture. A plus.

André Fanelli

 

 

 

 

 

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